Par Marine de la Moissonnière dans RFI http://www.rfi.fr/europe/20190706-union-europeenne-politique-depute-aurore-lalucq-place-publique

Élue sur la liste Place Publique-Parti socialiste, Aurore Lalucq arrive à Strasbourg avec des projets et des ambitions plein la tête. Économiste pro-européenne, à 40 ans, elle veut faire bouger le Parlement… vers la gauche !

Aurore Lalucq avait commencé la campagne pour les Européennes avec Génération.s. Mais c’est finalement la liste Place Publique-Parti socialiste qui lui a ouvert les portes du Parlement. Deux mois et demi avant le scrutin, parce qu’elle espérait impulser le rassemblement de la gauche, la porte-parole du mouvement de Benoît Hamon change d’écurie et rejoint l’essayiste Raphaël Glucksmann, mais surtout l’ancien camp de son patron.ACTUALITÉ DES MARQUESPrès des yeux, près du cœur avec PortalJE DÉCOUVREInspired by

Aurore Lalucq avait envie de siéger à Bruxelles et à Strasbourg ; elle ne le cache pas. « C’est le seul mandat qui m’intéressait. Les questions européennes me tiennent vraiment à cœur », reconnaît la jeune femme qui explique son attachement à l’Europe par son histoire familiale marquée par la guerre. Son grand-père était communiste et résistant, ses parents votent à gauche.

Transfuge de Génération.s

A Génération.s, ce « transfert » passe mal. Encore aujourd’hui, l’amertume est tenace. Il faut dire qu’avec 3,27% des suffrages, la formation a obtenu in extremis le remboursement de ses frais de campagne, mais n’a envoyé aucun député à Bruxelles. Quand on demande par texto à Benoît Hamon s’il souhaite parler du passage de son ancienne protégée par Génération.s, la réponse arrive presqu’ immédiatement : « Non merci ». « Non, désolé. Bonne journée », réagit pour sa part Guillaume Balas, eurodéputé sortant et coordinateur national du mouvement.

Quand enfin un cadre de Génération.s accepte de s’exprimer, il demande à garder l’anonymat, avant de tacler : « Les politiques ne sont pas des joueurs de foot. Ils ne peuvent pas changer de clubs et signer là où ils auront une plus grande exposition médiatique et la garantie de jouer. Aurore Lalucq est hyper individualiste alors que la politique, c’est un sport collectif ». Même sa copine Manon Aubry avoue ne pas comprendre sa décision. Les deux nouvelles eurodéputées se connaissent de leur vie précédente : Aurore Lalucq dirigeait l’Institut Veblen, un laboratoire d’idées économiques et écologiques qu’elle a fondé, tandis que la tête de liste insoumise était porte-parole de l’ONG Oxfam.

« Un engagement sincère »

Olivier Faure, le patron des socialistes, trouve ces critiques totalement injustifiées. « Aurore Lalucq n’est restée que très peu de temps à Génération.s. Elle a rejoint notre liste par conviction. Son engagement est complètement sincère. » Et tant pis si elle comptait initialement siéger avec les écologistes au Parlement européen, avant finalement de se raviser et de rejoindre le groupe des sociaux-démocrates.

La nouvelle eurodéputée aspire à « être utile ». C’est le moteur de sa vie, explique-t-elle. Dans tout ce qu’elle entreprend, son objectif est de « remettre l’économie à sa place, c’est-à-dire au service de la société et dans le respect des limites de la biosphère ». En tant qu’actrice de la société civile, Aurore Lalucq estime être arrivée au bout de ce qu’elle pouvait faire pour peser sur le débat public ; d’où son envie d’Europe. « Je me suis dit ‘Pourquoi pas moi ? ‘. Je voulais aller au front pour défendre les idées que je porte depuis plus de 10 ans ».

Au Parlement, elle met la barre très haut et déroule une liste de combats impressionnante : imposer un « new deal vert » (un plan d’investissements en faveur de la transition écologique), réguler le secteur bancaire et financier, contrer les accords de libre-échange néfastes d’un point de vue environnemental et social, et faire évoluer les indicateurs d’évaluation des politiques publiques afin qu’ils prennent en compte leur impact sur la planète. Des chantiers complexes qui n’effraient pas l’économiste formée à l’université Paris-Dauphine, proche de l’économiste américain James K. Galbraith et de l’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis. Même ses détracteurs les plus farouches reconnaissent que la jeune femme est « extrêmement intelligente », « brillante », une « bosseuse ».

Pour l’instant, Aurore Lalucq apprend à décrypter le fonctionnement du Parlement européen, « une grosse machine finalement très humaine où tout passe par les relations interpersonnelles. Cela me correspond bien parce que j’aime faire du réseautage, découvrir de nouvelles personnes, chercher les compromis, voir ce qui peut nous unir ou au contraire, nous opposer radicalement », décrit-elle avec enthousiasme. Manon Aubry lui tend la main : « J’espère qu’on pourra porter des combats ensemble, quitte à ce qu’Aurore fasse pencher le Parti socialiste européen du bon côté ».