Tribune publiée par Eric Andrieu, Sylvie Guillaume, Raphaël Glucksmann, Aurore Lalucq, Pierre Larrouturou et Nora Mebarek dans le JDD https://www.lejdd.fr/International/tribune-des-eurodeputes-socialistes-appellent-a-une-mission-europeenne-de-sauvetage-en-mer-3909697

Alors que les deux capitaines Carola Rackete et Pia Klemp ont sauvé ce qui reste des valeurs européennes en prenant la lourde responsabilité de forcer l’entrée du port de Lampedusa après 17 jours d’errance en mer, un nouveau drame a eu lieu ce 5 juillet en Méditerranée, faisant plus de 40 morts.

La justice italienne a d’ailleurs donné raison à Carola Rackete qui ne faisait que son « devoir » : sauver des vies et respecter le droit international maritime. Contrairement à un gouvernement italien qui se ridiculise.

Combien de milliers de morts et combien de décisions de justice faudra-t-il pour que les États membres et la Commission européenne mettent enfin en place une véritable opération européenne de recherche et de sauvetage en Méditerranée ?

L’argument principal contre ce type d’opération est le fameux « appel d’air » (comprendre : sauver des personnes désespérées prêtes à mourir pour parvenir en Europe et les accueillir dignement fera venir encore plus de personnes). Mais y a-t-il moins de migrants à risquer leur vie en prenant la mer depuis que les sauvetages en Méditerranée sont absents ou criminalisés par des États tétanisés ? La réponse est non : il y a simplement beaucoup plus de morts. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés dénonce lui aussi les conséquences mortifères de ce statu quo européen, cela ne peut plus durer. En 2018, 2 275 personnes sont mortes ou disparues en traversant la Méditerranée. En moyenne Il y a eu en 2018 1 mort pour 51 traversées, alors que ce chiffre était de 1 mort pour 269 traversées en 2015.

La mise en place d’une mission européenne dédiée à la recherche et au sauvetage en mer, aux responsabilités partagées, permettra bien sûr de sauver un grand nombre de vies mais aussi à l’Union d’être enfin à la hauteur des enjeux, d’honorer les valeurs qui sont les nôtres, et de respecter le droit. L’agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières pourrait avoir la responsabilité d’un tel mandat, que lui confieraient le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil.

Cette agence a vu ses responsabilités croître depuis plusieurs années, il serait donc tout fait envisageable d’imaginer un système de « maraude » en mer, avec des équipes composées de personnels de Frontex et de personnels des États membres, et une répartition équitable et solidaire entre les ports européens pour débarquer ces personnes.

Une fois arrivées en lieu sûr, ces personnes pourraient par la suite avoir le droit de demander l’asile, droit garanti par la Convention de Genève, qui est actuellement empêché ou bafoué. De la même façon que le débarquement, les pays accueillant ces personnes pourraient être répartis selon un système équitable et organisé, prévisible à l’avance.

Ce système a déjà été conçu : il s’agit de la réforme du règlement de Dublin proposée par le Parlement européen il y a plus de deux ans. Il ne manque plus que l’accord des États membres pour qu’il puisse être mis en œuvre ! Pourtant, alors que les situations indignes se multiplient depuis des mois, les États européens restent silencieux, ou pire, criminalisent les personnes qui tentent d’entrer en Europe, pour couvrir leur inaction et leur incapacité à s’accorder.

Nous en appelons solennellement à la responsabilité des dirigeants européens : les politiques « électoralistes » mises en œuvre par certains sont inutiles, honteuses, voire illégales. Un débat aura lieu lors de la prochaine session plénière du Parlement européen sur l’assistance humanitaire en mer : nous proposerons qu’une réelle mission européenne de recherche et de sauvetage en mer soit créée. Il est urgent de se mettre d’accord sur des politiques migratoires de long terme, réfléchies, communes et solidaires. Si non, les morts continueront en Méditerranée.