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Catégorie : Crise bancaire

L’année 2020 se termine avec la découverte d’une nouvelle mutation du Covid, encore plus contagieuse que la précédente, et déjà, certains pays européens reconfinent.

Tout porte à croire que 2021 ne sera pas le retour à « la normale » tant attendu par certains, mais la poursuite d’une situation « anormale » ou plutôt d’une nouvelle normalité. D’autant que sur le front de l’économie, les nouvelles ne sont guère plus réjouissantes et les risques de tensions bancaires et financières malheureusement bien réels.

Alors que le gouverneur de la Banque de France se bat pour que les banques françaises puissent renouer avec le versement des dividendes, l’Autorité bancaire européenne appelle, quant à elle, l’ensemble du secteur à se préparer à une potentielle crise du fait de l’explosion des risques d’impayés. Même discours du côté de la Banque centrale européenne qui évalue à terme le montant des créances douteuses à 1 400 milliards, c’est-à-dire bien plus que lors de la crise de 2008 et de celle de la crise des dettes souveraines de 2011.

Cette situation était malheureusement prévisible. Nous en avions averti du risque sérieux avec Jézabel Couppey-Soubeyran, en rappelant au tout début de la crise sanitaire, qu’il fallait tout faire pour épargner aux Européens une crise bancaire et financière et faire montre de courage en proposant des politiques nouvelles.

Un recours démesuré aux prêts

Cette fois-ci, la crise bancaire ne sera pas entièrement attribuable au comportement des banques, mais viendra en grande partie de l’économie réelle. En effet, lors de la crise sanitaire, les gouvernements ont choisi de compenser l’absence d’activité du secteur privé du fait des confinements par un accès facilité aux prêts. C’est là que fut l’erreur, il aurait fallu passer par l’octroi massif de subventions ou par de la monnaie hélicoptère comme nous l’avions suggéré dans ces mêmes colonnes.

En effet, dans une situation où nombre d’entreprises, de petits commerces, de lieux de culture, de bars et de restaurants ont été privés d’activité pendant une partie de l’année, comment espérer que ceux-ci remboursent les prêts accordés ? L’absence d’activité économique ne se rembourse jamais.

Aussi, le montant des prêts non performants – ces créances qui ne seront vraisemblablement jamais remboursées – risque d’exploser si rien n’est fait, d’autant plus qu’en France les moratoires sur le remboursement des crédits ou les prêts garantis par l’État vont bientôt s’achever et que de nombreux ménages, touchés par la crise, ne seront plus en capacité de rembourser leurs prêts immobiliers ou à la consommation.

Pour le secteur bancaire, le risque, cette fois-ci, n’est plus celui de l’absence de liquidité – comme en 2008 – mais de solvabilité.

Sur fond de déréglementation

À ce sombre tableau, il faut ajouter que si les banques sont aujourd’hui relativement plus solides qu’en 2008 grâce aux exigences de fonds propres – les ressources qu’elles détiennent en propre et qui absorbent les pertes en cas de coups durs – nous notons depuis l’entrée en crise une multiplication des plans d’urgence (les « Quick Fix »).

Ces plans masquent mal les velléités de déréglementation des banques nationales main dans la main avec leurs États protecteurs, prêts à tout accepter de peur que leurs bastions bancaires ne s’effondrent. Une attitude décomplexée, encouragée par un élément de langage bien trop rabâché ces derniers mois : « Si les banques étaient la cause de la crise de 2008, elles en sont aujourd’hui la solution. »

Pourtant, rien ne nous assure que les protections actuelles seront suffisantes pour faire face au choc économique qui se dessine et à la multiplication des défauts de remboursements de la part de leurs créanciers. Rappelons qu’il suffirait que les pertes des banques soient supérieures à 5,6 % (niveau actuel de la part des fonds propres à leur bilan) de l’ensemble de leurs actifs pour qu’elles se retrouvent dans de sérieuses difficultés.

Les solutions sont sociales, réglementaires et institutionnelles

Face à ce risque qui viendrait dégrader encore un peu plus la situation économique et sociale des Européens, les solutions sont de trois ordres. Elles consistent à éviter l’explosion des impayés, à assainir la situation du secteur bancaire et à préparer l’avenir.

Tout d’abord, le meilleur moyen d’éviter la hausse des défauts de remboursement est d’éviter la crise sociale, la perte de revenus. En d’autres termes : la création d’emplois, notamment dans le secteur public, un mécanisme de garantie de l’emploi, la hausse des minima sociaux, tout comme l’investissement dans la transition écologique, soit plus largement le soutien à la demande globale seront nos meilleurs alliés. Il faudra en parallèle probablement transformer les prêts garantis en subventions pérennes, et surtout ne plus recourir aux prêts pour les prochains plans de relance, car il y en aura.

Du côté des banques, l’urgence est de stopper tout mouvement de déréglementation et de versement des dividendes bancaires. Mais à l’inverse, exiger des banques qu’elles utilisent les dividendes prévus pour se recapitaliser. Il faudra aussi abonder le fonds de résolution bancaire européen dont nous aurons tôt ou tard besoin. Enfin, afin d’éviter la contamination de la crise, la création d’une « Cleaning Bank » européenne sera indispensable. Elle devra permettre d’extraire les créances douteuses du marché, tout en exigeant que les banques s’engagent en contrepartie dans le financement de l’économie réelle et cessent de financer les activités polluantes. Il faudra se montrer intraitable sur ces contreparties.

Enfin, comme disait Winston Churchill, il ne faut jamais gâcher une crise. Après tant de souffrances, essayons au moins de lui trouver un sens : celui de réorienter notre modèle économique vers la transition sociale-écologique et mettre au pas la banque et la finance. Dans ce domaine, la Banque centrale européenne a un rôle clef à jouer. Elle a les moyens de verdir sa politique monétaire en mettant fin à la neutralité de marché, en optant pour une gestion qualitative du risque climatique, etc), pour nous protéger des prochaines crises systémiques liées au dérèglement climatique, et mettre la finance au service de la transition écologique.

Ce ne sont là que quelques propositions. Les solutions ne manquent pas face aux crises. En outre, mettre en place les mesures à même d’éviter cette crise pourrait participer à jeter les bases d’un nouveau modèle de développement… car même le pire n’est jamais certain.

 

Il n’y a que des solutions à la crise

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